POUVOIR
Théâtre Aquarium
Regarder la Vraie Vie dans un Bocal à Poissons
Par:
Paola Gianturco
Théâtre Aquarium
Paola Gianturco
Regarder la vie réelle à travers un bocal à poissons, ces images dépeignent les productions du Théâtre Aquarium
Paola Gianturco
Naima Zitan, fondatrice et directrice du Théâtre Aquarium
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Paola Gianturco
Abdualtiff Oulmakki, partenaire du Théâtre Aquarium
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Naima Oulmakki, partenaire du Théâtre Aquarium
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En 1994, Naima Zitan, diplômée de l'Institut des Arts Dramatiques, a fondé le Théâtre Aquarium et produit sa première pièce, Quarrels, pour le public marocain. Elle a choisi le nom Théâtre Aquarium pour suggérer que le public pourrait regarder la vraie vie dans un bocal à poissons. « Je n'avais pas l'intention de créer une association activiste », admet-elle, mais elle et ses partenaires, Naima Oulmakki et son frère Abdullatif Oulmakki, ont commencé à sentir que "huit à dix représentations à Rabat n'étaient pas suffisantes. Nous travaillions tous dans des associations féministes et avons décidé de créer des productions à propos de situations de la vie des femmes au Maroc, qui se joueraient dans de grandes villes et de petits villages."
Je m'étonne, "Abdullatif travaillait pour des associations féministes?"
"Oui! Je suis 100 pourcents féministe", dit-il en hochant de la tête.
"S'il ne l'était pas, il ne travaillerait pas avec nous!" dit sa sœur en riant.
Naima Zitan continue. "En 2000, nous avons collaboré avec une organisation non-gouvernementale, Jossour, pour défendre le Plan d'Action National. Notre pièce s'intitulait Histoires de Femmes. Nous nous sommes produits devant les milliers d'associations. L'opposition a manifesté contre nous. Pendant cette période, nous avons appris que 60 pourcents des Marocaines étaient illettrées. Nous en avons été choqués et avons décidé d'amener nos représentations jusqu'à elles. Entre 2000 et 2002, nous avons donné 50 représentations de Histoires de Femmes, dans des zones rurales, des souks, des marchés et des mosquées. La réforme de la Moudawana est, en partie, un résultat de notre activisme," reconnaît-elle sans orgueil.
"L'amendement du Code de la Famille fut extraordinaire," observe Zitan. Mais peu de personnes illettrées étaient au courant de la nouvelle Moudawana et encore moins la comprenaient. "En 2004, nous avons créé une nouvelle pièce, Coquelicot, afin d'expliquer cette nouvelle loi."
Abdullatif bondit de sa chaise et me fait signe d'approcher de l'ordinateur, où il a organisé un fatras de données sur le taux national d'alphabétisation. "Nous avons dû travailler dur pour récolter ces informations," admet-il, "parce que le gouvernement voulait que ces statistiques restent confidentielles. « Dans ces régions », dit-il en pointant les districts en rouge sur l'écran, « plus de 85 pourcents de la population est illettrée. C'est là que nous concentrons nos représentations: les prisons, les hôpitaux, les usines, les orphelinats et, bien sûr, les théâtres".
"Notre mission est d'expliquer aux femmes quels sont leurs droits aujourd'hui. Il n'est pas facile pour les gens de changer après autant d'années, mais si ils ne les comprennent pas, ils ne peuvent pas exiger leurs droits et cette nouvelle loi est inutile », déclare la visionnaire Naima Z, qui est présidente et directrice artistique.
"Avant chaque représentation, nous demandons ce que les personnes du public savent à propos du nouveau Code de la Famille. En général, elles nous donnent des informations et des définitions erronées. Après la pièce, nous leur demandons ce qu'elles ont appris et ce qui a été clarifié. Pour nous, c'est un moyen d'évaluer l'efficacité de la présentation. « C'est moi qui me charge de cette partie, parce que c'est moi qui parle le plus», dit Naima O. en riant. Elle a le titre de directrice des relations publiques.
Un jour, en début d'après-midi, les deux Naima, Abdullatif, Mbarka El Ouazzani de Jossour, Scheherazade, et moi nous entassons dans une petite voiture et nous dirigeons vers la banlieue de Temara. Naima Z. occupe un emploi au Ministère de la Culture, elle a travaillé et a besoin d'une bonne sieste, elle s'endort sur le chemin.
Naima O. me raconte, "Naima et moi nous sommes rencontrées quand je travaillais pour Jossour, et nous avons décidé d'essayer le théâtre social. Elle a 38 ans, c'est une Berbère du nord et une artiste. J'ai 42 ans, je suis une Arabe du sud et je suis archéologue. Nous avons toutes les deux un emploi régulier et travaillons au Théâtre Aquarium par amour". Toutes deux semblent être des opposés: introvertie et extravertie; Zitan fume trois paquets de cigarettes par jour, Oulmakki ne fume pas; Zitan boit de l'eau au repas, Oulmakki avale un verre de bière. "Mais nous nous soucions des mêmes questions existentielles profondes: pourquoi, quand, où? De ce point de vue, nous sommes exactement pareilles."