POUVOIR
Révolutionnaires Invraisemblables
Le Maroc Responsabilise les Femmes dans le Rôle de Guides Spirituels
Getty/Cristina Quicler
Gini Reticker
Charlotte Mangin
Les femmes ont étudié a côté d'hommes pour une formation intensif d'une année à une académie à Rabat, Maroc.
Agrandir >
En mai 2006, un séminaire normalement exclusivement réservé aux hommes a délivré un diplôme à la première classe de
murshidats, ou
guides spirituelles féminines. Les cinquante femmes ayant suivi cette formation ont été affectées dans des mosquées à travers la capitale, Rabat, pour mener à bien leur mission: répondre aux questions religieuses, améliorer les programmes d'alphabétisation et apporter une guidance pratique sur la Mudawwana, la loi de la famille récemment réformée, qui accorde maintenant aux femmes des droits égaux à ceux des hommes dans le cadre du mariage, du divorce et du droit à la propriété.
Les femmes murshidats ont le pouvoir de faire tout ce que les hommes du clergé font, à l'exception des prières du vendredi, les cérémonies les plus sacrées. C'est la raison principale pour laquelle ces femmes portent le titre de "murshidats," ou "guides" plutôt que d'"imams," ou "dirigeants."
Ce nouveau phénomène sans précédent dans le monde arabe, fait partie des changements politiques et sociaux profonds qu'a entrepris le Maroc au cours de la dernière décennie, sous la direction du Roi Mohammed VI, qui a été officiellement nommé à la fois de chef d'état et de Amir al-Mu'minin ou "Commandant des Croyants" en 1999 à la mort de son père, le Roi Mohammed V.
Mais pourquoi est-ce que le gouvernement a décidé d'aller dans ce sens, et pourquoi maintenant?
Le 16 mars 2003, des groupes islamiques extrémistes ont attaqué des cibles juives et occidentales à Casablanca, rappelant brusquement au peuple marocain sa vulnérabilité face à l'Islam radical. En réponse à cet événement, le gouvernement a fermé des milliers de mosquées dirigées par des hommes qui s'étaient autoproclamés Imams. Le Ministre des Affaires Islamiques a décidé de contrôler de près la formation religieuse et le contenu religieux des manuels scolaires, pour s'assurer qu'ils étaient cohérents et conformes à une forme d'Islam plus modérée. La présence même de femmes à des positions aussi puissantes - murshidats - constitue un symbole de cette nouvelle approche.
Les Marocaines ont répondu avec louanges et scepticisme à ce nouveau changement apporté par l'état. Nadia Yassine, une dirigeante importante du mouvement islamiste, fait partie des sceptiques. Elle qualifie les femmes murshidats de "fonctionnaires qui servent d'étalage pour le programme politique du Roi," elle rejette la règle autocratique de la monarchie et son orientation pro-occidentale. Elle a appelé à un changement vers une République Islamique non-autocratique. Pour Yassine, les Musulmanes ne seront libérées que par un retour aux enseignements originaux du Prophète et non par une imitation du modèle occidental de libération.
D'un autre côté, les féministes musulmanes, soutiennent une interprétation plus modérée du Coran. Elles pensent qu'une interprétation exposée par les hommes ne pourra que garder les femmes loin des centres du pouvoir. Pour elles, le rôle d'une murshidat n'est pas simplement de pratiquer la religion, mais de guider la façon dont la société est gérée. Avoir des mosquées dirigées par des femmes est donc un élément crucial qui pourrait s'avérer source de changements sociaux. Tandis que les femmes murshidats ne se considèrent pas nécessairement comme des réformatrices politiques, les féministes mettent en évidence leur importance symbolique.
Avec des femmes fermement en place et soutenues par le gouvernement dans leur rôle de murshidats, le monde attend de voir si cette réforme va vraiment combattre - ou intensifier - les interprétations extrémistes de l'Islam et transformer la société marocaine.