RELIGION

Chanter pour le Changement

Des Musiciennes S’Unissent pour Annuler le Code de la Famille en Algérie

En été 2003, vingt musiciennes d'Algérie, de France et d'Argentine se sont réunies dans un studio d'enregistrement de Paris, France. Leur mission: annuler le Code de la Famille en Algérie - un ensemble de lois qui, depuis plus de 20 ans, ont relégué les femmes au rang de citoyennes de seconde classe. Leur instrument: la chanson.
Veuillez activer JavaScript et installer Flash pour visionner les vidéos.
20 ans, Barakat!
Dans ce montage, des artistes unissent leur voix dans un studio d'enregistrement pour dire Non! au Code de la Famille algérien.
Image
20 ans, Barakat!
Le single, "Ouech dek Yal Qadi" a été produit en 2003 et depuis il a attiré une attention considérable sur la situation des femmes dans la société algérienne. Agrandir >
Image
20 ans, Barakat!
Photo de gauche: la chanteuse, Israhn. Photo de droite: L'auteur interprète franco-algérienne Mamia Cherif. Agrandir >
Vingt Ans Plus Tôt: Code de la Famille Algérien

Le 9 juin 1984, après deux décennies de débats et d'opposition violente, les membres du Parlement Algérien ont réussi à adopter le Code de la Famille. Ce Code mettait en place des dispositions légales pour régler les relations du mariage et de la famille conformément aux interprétations conservatrices de l'Islam. Selon le Code de la Famille, les femmes ne peuvent pas choisir librement un mari sans le consentement de leurs gardiens, en général leur père. Une fois mariées, les femmes doivent obéir à leur époux. Les femmes sont moins libres de divorcer. Elles reçoivent une partie moins grande d'héritage et elles n'ont pas la garde légale de leurs enfants.

Ses supporters ont glorifié ce Code pour son soutien des lois et de l'éthique islamiques. Les critiques, notamment les féministes et les laïcistes, ont expliqué que cette loi avait institutionnalisé une citoyenneté de seconde classe pour les femmes.

Des Femmes Déclarent "Vingt Ans, Ca suffit!"

2004 a marqué le vingtième anniversaire du Code de la Famille en Algérie. Déterminées à mettre un terme à l'oppression systématique des femmes amenée par ses lois, des Algériennes ont formé l'association 20 ans, Barakat! (20 ans ça suffit!) et ont produit un clip vidéo dénonçant ce code.

Vingt femmes de différents milieux ont chanté et enregistré la chanson "Ouek dek yal qadi" (Qu'est ce qui vous a pris, juge?) proclamant: "Cette loi doit être annulée et ne jamais être réintroduite !" Diffusé par la radio, la télévision française et internet, le clip vidéo repris ici, est l'exemple même de femmes travaillant ensemble de façon créative pour amener le public à changer la politique algérienne.

En mai 2008, à Marrakech, Maroc, I.M.O.W. a rencontré la directrice de 20 ans, Barakat!, Caroline Brac de la Perrière, pour discuter de l'organisation et de la motivation pour la production d'un clip vidéo comme outil dans la lutte contre le Code de la Famille algérien.

Comment votre association 20 ans, Barakat! s'est-elle formée?


En 2004, le Code de la Famille aurait été en place pendant vingt ans ! J'ai une fille et je pensais, « Ma fille ne va connaître que le Code de la Famille. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas ce que je veux ! » Nous en avons vraiment eu assez ! Donc c'est de là que viens le nom "Barakat" [Assez!].

Barakat est aussi une référence à la Guerre d'Indépendance d'Algérie [de 1954 à 1962.] A la fin de cette guerre de sept ans contre la France, les Algériens ont commencé à se battre entre eux. En réaction à la violence persistante, le peuple est descendu dans les rues pour dire "Sept Ans Barakat!" Nous avons pensé que ce nom resterait dans la mémoire des gens.

Qu'est ce qui vous a motivées à utiliser la musique comme méthode pour la réforme?


Nous voulions vraiment que les jeunes se joignent à nous, parce que nous commencions à être fatiguées et... vieilles. Nous avons pensé "Ok. Faisons une chanson!" Mais quel genre de chanson?

Les amis de 20 ans, Barakat! étaient très proches de certaines musiciennes algériennes et d'Algériennes qui avaient une émission sur la radio. Elles étaient toutes très connues et avaient des contacts avec tous les musiciens en Algérie et elles vivent à l'étranger, en France, comme nous. Donc nous avons pensé "Ok. Nous devrions travailler avec elles". Même pour elles, ce serait positif. Nous pouvons toutes faire quelque chose!

Est-ce que cela a requis beaucoup d'efforts pour rassembler toutes ces artistes?


Oui. Mais c'est un élément positif qui est venu de la diaspora, parce que tout le monde vivait à Paris. Donc
Nous avons fait la vidéo à Paris. Toutes les musiciennes que nous avons invitées ont accepté de participer et elles l'ont fait gratuitement. Nous les avons également interrogées à propos de leur relation avec le Code de la Famille et de leur vie en tant que chanteuses algériennes.

Nous étions très ambitieuses. Nous voulions que les jeunes l'aiment. Nous voulions une chanson que même une femme âgée puisse écouter à la radio dans sa cuisine. Comme elle était peu susceptible de quitter la maison, nous voulions qu'elle comprenne que cette chanson et ce message s'adressaient aussi à elle.

Nous devions aussi la faire très algérienne, avec un vrai son algérien. Mais ce devait aussi être une chanson sur laquelle danser. Et nous voulions que trois langues algériennes -- arabe, berbère et français - soient reprises dans le clip vidéo.

Il semble que vous ayez inclus beaucoup de personnes différentes, y compris des hommes. Pourquoi?


Nous voulions que tous les Algériens s'entendent et se reconnaissent, c'est pourquoi nous avons invité une femme du sud de l'Algérie, une femme de l'Ouest et une de l'Est. Nous avons pris des femmes de chaque origine. Nous avons essayé d'avoir des personnes connues aussi.

Nous voulions que cette chanson résonne parmi les immigrants. Donc dans le clip, quand vous voyez des femmes qui chantent en français, ce sont des femmes immigrées et en particulier des femmes immigrées algériennes. Bien qu'elles ne connaissent pas l'arabe, elles sont Algériennes et elles sont concernées par le Code de la Famille parce que ces lois vous suivent partout où vous allez.

Nous avons réussi à faire participer toutes des chanteuses professionnelles - certaines très connues, d'autres beaucoup moins. L'une d'entre elles joue aussi dans une série télévisée diffusée sur la télévision algérienne. Tout le monde l'aime. Nous avons donc été très heureuses qu'elle ait voulu participer.

Nous avons demandé à deux chanteuses internationales de venir. Dans le clip, vous pouvez voir Annie Flore Batchiellilys. Elle est la voix d'or d'Afrique. Et il y a aussi Barbara Luna d'Argentine. Elle a appris à dire une phrase en arabe donc nous ne pouvons pas vraiment dire qu'elle vient d'Argentine.

Nous voulions impliquer des hommes, c'est pourquoi nous leur avons ouvert la fin de la vidéo. En fait, nous avions demandé à environ quinze hommes de venir et seulement quatre ont répondu. Ils n'ont pas eu une attitude très positive. Mais peu importe, ils sont dans le film. Nous voulions impliquer des hommes parce que, s'il était important pour nous de parler de la situation critique des femmes, nous voulions également dire que cet avenir nous concerne tous.

Et où est diffusée cette vidéo?

 

Nous nous sommes demandées, "Quelles chaînes les Algériens regardent-ils?" Nous savions qu'ils regardaient beaucoup Al Jazeera, mais à l'époque, même en 2004, ils regardaient beaucoup les chaînes françaises. Donc nous avons essayé les chaînes françaises, parce que nous savions qu'il n'y avait qu'une chaîne d'état en Algérie et qu'elle était très censurée.

Cette vidéo a donc été diffusée en particulier sur la télévision pour les immigrants en France. Plusieurs de mes amis en Algérie m'ont appelée pour me dire "j'ai vu le clip!" Donc nous savions qu'il avait été diffusé là-bas, c'est bien.

La chanson quant à elle a été diffusée à la radio plusieurs fois. Pas suffisamment selon nous. Nous voulions vraiment qu'elle devienne un hit, vous savez? C'est notre ambition. Ce n'est pas fini.

Est-ce que vous avez une idée quelconque du type d'impact que ce clip vidéo a eu?


En tant qu'association, nous sommes trop faibles pour suivre ce que nous faisons. Je pense qu'au cours des deux dernières années depuis 2006, nous sommes devenues un peu plus fortes. Mais vraiment, ce n'est que le début. C'est bien de voir tous les jeunes dans notre organisation. Et il n'y a pas que des femmes, il y a aussi de jeunes hommes! Cela signifie qu'au moins un des publics que nous ciblions est intéressé. Si les jeunes l'aiment, cela signifie que nous allons réussir parce que s'ils veulent la faire connaître, ils y arriveront.

Je devrais dire que depuis le début de notre mouvement, des révisions ont été apportées au Code de la Famille, en 2005. Nous ne savons pas et nous ne pouvons affirmer avec certitude que notre campagne ait contribué à ces changements. Chaque jour il y avait un article à propos du Code de la Famille dans la presse algérienne.

Comment le Code de la Famille a-t-il changé?


Le devoir d'une femme d'obéir à son mari a été supprimé et c'est un changement de taille. Quand vous ne devez pas obéir à votre mari, vous pouvez faire beaucoup de choses. Les femmes divorcées ont maintenant le droit de garde et l'autorité sur leurs enfants. Pour une veuve, ces choses changent leur vie. Elles changeront la vie des femmes et des hommes.

La loi sur le divorce n'a pas été modifiée. Elle n'est toujours pas égalitaire. Il y a eu de nombreux changements en fait, mais aucun d'entre eux n'est très clair. Néanmoins, dans l'ensemble, nous sommes contentes de ces changements. Cela signifie que le Code de la Famille peut être modifié et que certains articles peuvent être supprimés. Avant, le sujet était tabou. C'était très difficile. Vous ne pouviez pas en parler. Le sujet n'est plus tabou à présent.


Pour plus d'informations, visitez http://20ansbarakat.free.fr/ .




Commentaires


Connexion





RSS


Agissez

Power of Music

Power of Music

Listen to the 20 ans barakat CD and support reform of the Family Code in Algeria. -French