ENVIRONNEMENT

Qui Connaît le Mieux la Terre ?

Transcription du Podcast du mois de juin 2008 : Sibongile Musuku van Damme

Sibongile Masuku se décrit comme une éco-féministe, qui a vécu et travaillé de concert avec la terre toute sa vie. Elle est née au Swaziland, et travaille aujourd'hui en Afrique du Sud. Elle a été activiste environnementale à différents titres, et a agi comme conseillère pour le gouvernement sud-africain sur la préservation de l'environnement. Actuellement, elle effectue des recherches au Clayman Institute for Gender Research de l'Université de Stanford.
Veuillez activer JavaScript et installer Flash pour visionner les vidéos.
I.M.O.W.
Curator Masum Momaya speaks with South African environmental activist on how gender, culture and race relate to her country's environmental challenges.
Image

 

La curatrice de l'Exposition les Femmes, le Pouvoir et la Politique, Masum Momaya, l'a rencontrée récemment à Palo Alto, Californie pour parler de la façon dont le genre, la race et l'environnement coexistent dans l'Afrique du Sud post Apartheid.

MASUM MOMAYA: Est-ce que vous vous préoccupez de l'environnement depuis votre plus jeune âge?

SIBONGILE MASUKU: Je pense que j'ai été fortement influencée à considérer l'environnement dans une large perspective à cause de ma grand-mère qui était guérisseuse traditionnelle, mais aussi gynécologue et pédiatre traditionnelle.

Partout où elle allait, elle s'intéressait aux plantes. En grandissant, en tant que femmes, ma grand-mère et moi ensuite, nous levions très tôt le matin pour cueillir des épinards sauvages. C'était en quelque sorte un rôle de femme pour lequel on est préparé. Depuis très jeune j'ai pu identifier les plantes comestibles qui pouvaient être utilisées pour nourrir ma famille.

MASUM MOMAYA: Et pensez-vous que ce soit spécifique au contexte sud-africain?

SIBONGILE MASUKU: Je pense que les jeunes femmes en particulier grandissent en sachant quelles plantes sont comestibles et lesquelles ne le sont pas, ainsi que celles qui seraient utilisées généralement à la maison. En grandissant et en tant que défenseur de l'environnement il était intéressant de voir comment vous commencez à voir les plantes aujourd'hui classées en terme d'espèces exotiques et non-exotiques, parce que vous avez cultivé des plantes comme le kokouza qui soudainement est qualifié de plante exotique alors qu'il a été source de nutriments pour vous depuis votre plus jeune âge.

MASUM MOMAYA: Qui classe les plantes?

SIBONGILE MASUKU: Je pense que le mouvement, en particulier en Afrique du Sud aujourd'hui, est une attaque de l'exotique et l'exotique ici est la plante envahissante. Ce mouvement pour l'environnement est assez important, mais qui cible particulièrement les plus pauvres des pauvres, donc en général les femmes.

MASUM MOMAYA: Je voudrais revenir sur cette notion de plantes exotiques ou non-exotiques, mais tout d'abord je voudrais savoir si vous pouviez nous dire: Que sont les défenseurs de l'environnement et que font-ils?

SIBONGILE MASUKU: Je me considère comme une défenseuse de l'environnement, un terme vaste. Les défenseurs de l'environnement s'intéressent principalement aux plantes et aux animaux. Mais un défenseur de l'environnement est aussi intéressé par les problèmes sociaux, par les décisions politiques en terme de dispositions économiques et de budget. Cela concerne l'interdépendance des aspects économiques, sociaux et politiques en matière de biodiversité et de relations.

MASUM MOMAYA: Est-ce qu'historiquement les défenseurs de l'environnement ont négligé ces facteurs sociaux? Par exemple, dans le cas de la classification des plantes, est-ce que le fait que les défenseurs de l'environnement aient négligé certains facteurs sociaux a provoqué des tensions au sein du mouvement pour l'environnement?

SIBONGILE MASUKU: Je pense que la conservation de la nature a vraiment pris son essor, en particulier en Afrique du Sud, d'un point de vue puriste. Aucun peuple, aucune espèce exotique. Et je pense qu'avec la reconnaissance que l'empiètement de plantes exotiques n'est pas nécessairement une question d'attaques, mais implique les êtres humains en termes d'histoire. Les Anglais sont venus avec leurs chevaux et ont voulu les nourrir. Donc il y a des problèmes historiques de la présence de plantes exotiques, mais je pense que c'est en particulier depuis 1994 avec la nouvelle distribution et l'instruction de la préservation de l'environnement que ce sujet est devenu pertinent pour les problèmes des gens.

L'un des domaines qui a été identifié comme étant capable de répondre à cet appel fut la dépollution des espaces environnementaux.

MASUM MOMAYA: Pouvez-vous nous en dire plus à propos de la dépollution, de la distribution et de la dépollution de l'environnement?

SIBONGILE MASUKU: En fait les parcs gérés par le South African National Parks étaient des enclaves pour les Blancs, leurs terrains de jeu, les Noirs n'étant là que pour huiler la machine pour le tourisme. Ils n'en tiraient aucun bénéfice si ce n'est leur salaire -

MASUM MOMAYA: -- des ouvriers --

SIBONGILE MASUKU: - des ouvriers. Alors lorsque le gouvernement Mandela a pris leon nous a dit que soit nous devions fermer ces parcs, soit nous devions réviser notre intention pour veiller à ce que les gens bénéficient de la préservation de l'environnement. Ces parcs ne devaient plus être une île dans l'espace, qui ne reflétait pas les problèmes présents à l'intérieur ou juste de l'autre côté des clôtures. relais,

Le South African National Parks a alors entamé ce qu'on a appelé le programme "d'Ecologie Sociale". Mais bien sûr, même si on allait examiner les problèmes pour rectifier les désavantages historiques, cela ne pouvait pas se produire sans une transformation interne au sein de l'organisation pour que les gens commencent vraiment à repenser la façon dont ils gèrent leurs affaires au quotidien.

Ce fut donc un vrai défi, parce qu'il y avait des attitudes ancrées au sein même de l'organisation et il y avait une extrême résistance.

MASUM MOMAYA: En tant que femme de couleur au sein d'un mouvement principalement géré par des hommes blancs vous avez dû avoir des réactions intéressantes, n'est-ce pas?

SIBONGILE MASUKU: Oui, quand je me suis lancée dans la préservation de l'environnement en 1996, deux ans après une nouvelle constitution, nous n'étions vraiment pas les bienvenues, 1) en tant que femmes, 2) en tant que femmes de couleur. On me demandait constamment, "Oh, Sibongile, que connais-tu de la préservation de l'environnement?" Donc nous étions vues comme une sorte de façade qui devait jouer un rôle dans les relations publiques pour apaiser le gouvernement.

En tant que femme, il fallait vraiment avoir une position ferme et assurée et il fallait aussi bien comprendre en quoi consistait le domaine dans lequel on était impliqué. Parce que je suis arrivée comme scientifique sociale et la plupart du temps mes collègues me demandaient ce que je connaissais de la préservation de l'environnement et disaient qu'il n'y avait pas de place pour traiter des problèmes des personnes. "Nous ne sommes pas une agence de développement, c'est au gouvernement à s'occuper des pauvres. Notre tâche ici est claire, c'est la préservation de l'environnement". Alors je devais sans arrêt justifier mon rôle dans ce mouvement, ça a même été difficile de nombreuses fois.

MASUM MOMAYA: Et comment avez-vous réagi à cette situation? Il semble que nous avons vu que depuis le tout début vous connaissiez beaucoup de choses à propos de la préservation de l'environnement étant donné que vous avez grandi avec cette connaissance des plantes qui s'est transmise de génération en génération et que vous aviez une compréhension particulière de l'environnement.

SIBONGILE MASUKU: Vous voyez, c'est exactement avec cette arrogance que les défenseurs de l'environnement ont commencé : "Les Noirs ne comprennent rien à la préservation de l'environnement". Ainsi, toute la connaissance indigène basée sur la façon dont les gens vivaient en relation avec l'environnement était soudain effacée. Mes connaissances préalables des problèmes de préservation de l'environnement, mon sens commun de la compréhension de la préservation de l'environnement, tout ça n'était pas pris en compte.

Ainsi, une partie de mon travail a consisté à développer une série de fascicules intitulés "Connaissances Indigènes". Tout d'abord, pour amener la preuve que nos connaissances indigènes se situaient au même niveau que ce qu'on appelle "la connaissance de la préservation de la nature".

J'ai créé un fascicule intitulé "Douce Eau". C'était une histoire en zoulou expliquant comment les gens collectent l'eau. Par exemple, des gens collectent de l'eau là où ils l'entendent, ce qui signifie que cette eau est oxygénée. Et une fois l'eau collectée, ils raclent la surface pour enlever les bactéries de surface. Les gens ne collectent pas d'eau après un orage parce qu'en général cette eau ne serait pas salubre.

Il y avait donc un bon nombre de pratiques ayant une sagesse scientifique en arrière plan et c'était vrai non seulement dans le domaine du travail, mais aussi dans celui de l'éducation, où on disait aux enfants de ne pas ramener ces inepties de la maison, parce que ce n'était pas de la science. Donc il a aussi fallu rééduquer les professeurs sur leur approche de ces connaissances indigènes et de faire ressortir ces raisonnements scientifiques des pratiques des gens.


To download this month's podcast and a PDF version of the transcript, click here.




Commentaires


Connexion





RSS


Agissez

Sauvez la Terre

Sauvez la Terre

Que feriez-vous si vous étiez le Président des Nations Européennes? Dans ce jeu, attaquez-vous au changement climatique tout en maintenant le soutien populaire et en gardant votre poste. Etes-vous de taille pour ce défi? -- anglais