DÉMOCRATIE
La démocratie sur les ondes
Observatorios de Transgresión Feminista in Nicaragua
Observatorios
Au matin du 5 novembre 2006, jour d'élections, ces femmes venant de tout le Nicaragua se sont assis devant les micros dans une station de radio improvisée. C'était l'acte de naissance de l'observatorio. Au cours d'une émission en direct diffusée à la radio et sur Internet tout au long de la journée et jusque dans la soirée, elles se sont parlé entre elles, et grâce à la magie d'Internet, elles ont parlé au monde entier.
Elles se sont rassemblé sur des places publiques et des lieux de vote de la capitale, Managua ainsi que dans des villes plus petites. Et ces femmes se sont fait publiquement les porte-paroles d'une nouvelle vision radicale de leur pays. Elles ont porté témoignage de leur expérience des lois répressives et de leurs efforts pour surveiller l'intégrité des candidats qui se présentaient, et pour surveiller les votes et les décomptes des voix au cours des élections. Elles ont parlé d'un environnement sain, des avantages sociaux pour tous et de l'éradication de la pauvreté. Ce faisant, elles ont "transgressé" un statuquo vieux de 20 ans sur le pragmatisme du dialogue politique auquel les citoyens prenaient part uniquement pour demander des changements progressifs.
Leurs voix se sont fait entendre en espagnol et en anglais, grâce à la radio et à Internet, grâce également à la Radio basée au Costa Rica, Radio Internacional Feminista (FIRE) et à une initiative lancée par cette radio, Radio Petatera. Ce mot de "petatera" se réfère au petate, couchage mésoaméricain fait de fibres végétales tissées. En évoquant le tissage du petate, les femmes voulaient évoquer également l'entrelacs de leurs efforts qui composent cette toile faite des voix de chacune, ainsi que la justice sociale au Nicaragua.
Un tournant
Après plus de deux décennies d'exclusion de toute participation politique, ce 5 novembre 2006 a représenté un moment de crise pour les femmes du Nicaragua. Les droits des femmes se réduisent comme peau de chagrin au Nicaragua en raison d'une insécurité économique persistante, de la corruption politique, d'un pouvoir règle autoritaire et de la transformation des Sandinistes jadis progressistes en un mouvement conservateur dirigé par Daniel Ortega.
La goutte qui a fait déborder le vase : l'interdiction de l'avortement thérapeutique en 2005, qui a rendu illégal de mettre un terme à toute grossesse, même quand la vie de la mère est en danger. Cette interdiction a mis fin à une loi protectrice qui existait depuis plus de 100 ans.
Le Mouvement initiative des femmes Nobel, une organisation de six femmes lauréates du prix Nobel qui œuvrent de concert en faveur de la paix, a décrété que cette interdiction était une "manœuvre politique de la 11è heure" et que "les droits des femmes étaient régulièrement bradés en faveur de la galerie politique et pour gagner des électeurs. "
Le témoignage
Le concept d'un Observatorio s'enracine dans la culture politique et dans l'histoire de l'Amérique Latine, une tradition qui consiste à parler de son expérience et de ses visions des changements à venir. Les témoignages sont en eux-mêmes un moyen de participation politique. La solidarité et le changement peuvent advenir une fois que le peuple a eu l'occasion de parler ... et d'être entendu.
Observatorios renforce l'action locale des femmes en mobilisant la solidarité régionale et l'attention des médias sur des événements charnières. L'Observatorio 2006 au Nicaragua a été le premier de ces événements. Depuis lors, il y en a eu deux de plus : les femmes se sont mobilisées pour lutter contre la répression de l'état à Oaxaca au Mexique, en avril 2007, puis elles se sont mobilisées contre l'Accord de Libre Échange d'Amérique Centrale (CAFTA) au Costa Rica en septembre 2007. L'Observatorio est devenu une forme établie et efficace d'action politique.
Quand une crise survient au plan local, un appel à la solidarité est lancé par le biais des différents réseaux de communication, des personnes et des ressources qui sont mises en œuvre. Les technologies de la radio et d'Internet permettent aux personnes qui donnent leur témoignage de transcender les frontières imposées par la géographie, et d'investir les personnes n'habitant pas sur place du rôle d'observateurs virtuels, ce qui édifie la solidarité tout en augmentant la portée du message et le nombre de personnes susceptibles de l'entendre.
La radio, et plus récemment, les technologies basées sur Internet permettent à ces observations de se répandre en temps réel dans tout le pays, ce qui permet de faire entendre plus largement ces voix dans un pays où elles sont traditionnellement étouffées par le processus politique. Au Nicaragua, l'observatorio a ressuscité une époque de l'histoire du pays, la révolution sandiniste des années 1970, où les femmes étaient actives, voire militantes et commandantas dans le développement des actions politiques et dans le combat pour les changements.
Une nouvelle Alliance, de nouvelles possibilités
Les élections qui ont eu lieu en novembre 2006 étaient les premières depuis dix ans où des partis politiques opposés ont été reconnus et ont pu présenter des candidats. Un mouvement féministe autonome (MAM) qui tentait de se former depuis plus d'une décennie s'est récemment allié avec le Movimiento Revolucionario Sandinista (MRS), un mouvement de gauche qui propose un choix alternatif face au mouvement sandiniste de plus en plus conservateur. Le MRS a désigné de nombreux candidats pour les élections, dont certaines femmes également affiliées au MAM.
Selon Malena de Montis, l'une des responsable du mouvement MAM, "pour la première fois de notre histoire, les femmes ont inventé une nouvelle manière de faire de la politique. Les femmes participent davantage à la vie politique, et une nouvelle force composée de jeunes femmes est en train d'émerger. C'est extrêmement important. C'est un moment remarquable de notre histoire qui est en train de prendre place."
En dépit des efforts que font les femmes, les élections de 2006 n'étaient ni libres, ni justes. Au jour d'aujourd'hui, un an et demi après les élections, les résultats officiels n'ont pas encore été déclarés, seuls 92 % des résultats totaux des votes sont connus. Daniel Ortega conserve le pouvoir et l'interdiction de l'avortement thérapeutique est toujours en vigueur.
Les élections municipales auront lieu en novembre 2008 au Nicaragua. Les sentiments des femmes sont quelque peu partagés sur ces élections : elles espèrent tout en demeurant sceptiques, les élections suffiront-elles à renverser les tendances politiques qui érodent sûrement mais systématiquement les droits de l'homme ?
Écouter la radio diffusion marathon de Radio Petatera par Radio Internacional Feminista.
Alejandra Bergemann et Lisa VeneKlasen de Just Associates, qui aident à faciliter les contributions de l'observatorios aux reportages.
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