VOTE
Ce Que Veulent Les Electrices
Parler de Politique: Un Tabou pour les Américaines?
Pourquoi êtes-vous devenue journaliste politique?
J'ai grandi dans une petite ville extrêmement conservatrice du sud de l'Illinois, dans une famille qui parlait de politique tous les jours jusque tard dans la nuit. De nombreuses nuits, mon Oncle Bob et ma Tante Ginny venaient à la maison et eux et mon père dénonçaient la Commission Trilatérale ou le Equal Rights Amendment jusqu'aux petites heures-ou jusqu'à ce que ma mère les mettent dehors.
J'ai couvert la politique depuis 1994, principalement pour le New York Times, où j'ai travaillé pendant 10 ans. Dans le monde politique, les gens sont presque tous fous, d'une façon que je trouve irrésistible. Mais ma plus grande frustration en couvrant les campagnes électorales a toujours été le peu de temps que nous avions pour écouter les électeurs ; en fait j'ai plusieurs fois raté l'avion de presse parce que je ne pouvais pas arrêter de parler aux gens dans la foule après un événement de campagne.
Qu'est ce qui vous a inspirée à écrire If They Only Listened to Us?
Ma motivation pour cet ouvrage était vraiment simple : Après l'élection présidentielle de 2004, j'étais curieuse de découvrir pourquoi le fossé de genre grâce auquel les électrices ont traditionnellement favorisé les candidats démocrates s'était légèrement comblé. John Kerry parlait constamment du fossé des salaires, du niveau professionnel où les femmes ont tendance à plafonner et de la Court Suprême, et il a néanmoins perdu certaines femmes qui avaient soutenu Al Gore au profit de George W. Bush. Pourquoi?
Je voulais que les femmes me disent elles-mêmes ce qu'elles pensaient et ce qu'elles voulaient voir arriver en 2008 et donc j'ai décidé de sortir de Washington et de leur demander. Ensuite je me suis assise et j'ai écouté ce qu'elles avaient à dire-quel luxe!
Pourquoi est-ce que Kerry a perdu la voix de certaines femmes démocrates en 2004?
Hé bien, ce n'était pas à cause des « security moms'' dont nous avons entendu tellement parler durant cette période. Les femmes qui ont voté pour Bush parce qu'elles considéraient qu'il était le meilleur général dans la guerre contre la terreur n'étaient pas les "security moms"-elles étaient républicaines et auraient voté pour lui de toute façon.
Au lieu de cela, la raison de cette situation était le sentiment général que Kerry était un élitiste (cela ne vous rappelle pas quelque chose ?) qui prenait les gens du commun de haut, tandis que Bush était ce chouette gars auquel ils pouvaient se rattacher. Cette année-là, j'ai entendu très souvent dire à quel point la femme polyglotte de Kerry était snob et combien il était excitant de le voir faire de la planche à voile.
Qu'avez-vous appris sur les électrices américaines?
Un élément important est qu'un bien plus grand nombre d'entre nous que nous pourrions le penser ne votent pas pour des questions politiques du tout ; nous votons poussés par l'émotif.
Pourquoi est-ce que je dis cela? Parce que si souvent, des femmes me disaient quel était leur questions politiques numéro un -choix, environnement ou soins de santé-et ensuite elles m'expliquaient pourquoi elles avaient voté CONTRE la personne qui était d'accord avec les questions politiques qu'elles venaient juste de qualifier de prioritaires pour elles.
Le fond du problème se résume à ceci: "Je n'aimais pas ce gars; j'aimais l'autre candidat''. (Au fait, je ne pense pas que les femmes votent de façon plus émotionnelle que les hommes. Mais je pense que les Républicains manient à présent mieux l'émotion que les Démocrates).
Est-ce que vos recherches ont également montré que beaucoup d'Américaines se sentent exclues de la politique?
Oui, à tous les niveaux de l'échiquier politique, les femmes m'ont expliqué qu'elles ne se sentaient pas entendues par les hommes politiques des deux partis. Mais nous ne devons pas attendre qu'ils nous entendent quand il y a tant à gagner à nous écouter les unes les autres.
Ce que j'ai le plus aimé dans ce projet est que certains groupes de femmes repris dans l'ouvrage continuent de se rencontrer et de parler, essayant de décider ce qui les intéresse vraiment, ce qu'elles vont faire à ce sujet et comment elles peuvent le faire ensemble. Il est tellement important d'écouter et d'être entendu par les personnes qui ne partagent pas nos opinions. J'en suis venue à croire que notre délicatesse exagérée par rapport à ce genre de conversations désagréables fait partie du problème - et que dans la volonté d'écouter et d'appendre les unes des autres se trouve le début de la solution.
De quelle façon votre ouvrage a-t-il contribué à notre compréhension des femmes et de la politique?
En interviewant des femmes à travers les Etats Unis, j'ai réalisé que nombreuses femmes ne parlent pas de politique, même avec leurs amis les plus proches. Ou si elles le font, c'est uniquement avec des personnes qu'elles savent être de leur avis, parce qu'elles « ne veulent pas entrer dans le jeu », ni blesser les sentiments d'une autre personne. Ou si elles n'ont pas fréquenté la Kennedy School, ni obtenu un doctorat en science politique, elles peuvent penser qu'elles n'en savent pas suffisamment pour donner leur avis.
Mais en général, je parlais aux femmes en groupes, avec leurs amies, et une fois lancées, elles avaient BEAUCOUP à dire, et montraient combien de passion politique inexploitée résidaient en elles.
C'était une chose magnifique de voir comment, dans ces groupes, les femmes cherchaient instinctivement un terrain d'entente. Il est dommage que beaucoup de ces personnes se soient retirées de la vie politique parce qu'elles pensent que c'est un sale métier. Plus il y a de femmes qui décident de ne pas participer, moins nos dirigeants politiques nous ressemblent ou nous représentent, ce qui rend la politique plus sale. Et plus les femmes s'impliquent, au-delà du simple vote, plus nous pouvons donner le ton.
Le sous-titre de votre ouvrage est: Ce que les Electrices Veulent que les Personnages Politiques Entendent. Qu'est ce que les femmes des Etats Unis veulent faire entendre à leurs personnages politiques?
Bien sûr, cela dépend de quelles femmes, certaines d'entre nous veulent des soins de santé universels, d'autres veulent une barrière le long de la frontière mexicaine. Mais une chose qui est vraie pour toutes les femmes de l'éventail politique est qu'elles veulent pouvoir faire confiance à leur candidat encore plus qu'elles ne veulent être d'accord avec lui ou elle. Oui c'est vrai, tant de femmes ont dit que c'est la personne qu'elles croient dire la vérité qui aura leur voix, même si il ou elle ne dit pas exactement ce qu'elles veulent entendre.
Est-ce que vous pouvez nous aider à briser certains stéréotypes ? Quels sont certains des stéréotypes à propos des électrices que vos recherches ont identifiés?
Je pense que le plus important est que les femmes conservatrices ne sont pas prêtes à voir une femme à la Maison Blanche. Ce n'est pas ce que j'ai découvert. Au contraire, c'était l'un des rares problèmes sur lequel il n'y avait quasi aucun désaccord. Nous sommes toutes prêtes, à présent nous devons nous mettre d'accord sur une candidate!
Quelles questions politiques seront les plus importantes pour les femmes au cours de l'élection de 2008?
La plupart des gens s'accordent à dire que les questions politiques principales pour les hommes et les femmes en novembre seront l'économie, la guerre et le prix élevé des carburants. Mais quel candidat cela fera-t-il gagner ? Personne ne le sait, comme je l'ai dit, je ne pense pas qu'on puisse tirer une ligne droite entre les questions politiques et les résultats d'une élection.
J'en veux pour exemple le fait qu'une partisane d'Hillary sur quatre a dit aux sondeurs qu'elle envisageait de voter pour John McCain ou de ne pas voter du tout le jour de l'élection. Clairement elles n'envisagent pas de le faire parce que John McCain est plus proches d'elles que M. Obama sur des questions politiques, mais parce qu'elles ne sont pas contentes des primaires.
Actuellement, je travaille à une série de récits pour Grist.org sur les électeurs dans les swing states. Je visite les états qui sont en jeu en novembre et je demande aux gens qui ils soutiennent et pourquoi. Et partout où je vais, des gens mentionnent la race comme la raison pour laquelle ils ne soutiendraient jamais Obama. Maintenant, ce n'est pas un sondage, c'est une carte postale! Mais le fait que cela soit exprimé si souvent et si ouvertement me fait me demander combien d'autres personnes le pensent mais ne le disent pas.
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Balises :
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