ORGANISATION
Les Femmes et l’Economie
Meizhu Lui demande, qui se porte garant pour qui?
En octobre 2008, durant la crise financière américaine et le sauvetage du gouvernement, les reportages de la télévision et de la radio ont présenté un défilé de commentateurs masculins affiliés à Wall Street, le centre financier du pays. Un échantillonnage des interviews de ces experts amènerait n'importe qui à penser que seuls de tels « experts » peuvent arriver à comprendre ces transactions économiques extrêmement complexes. Mais l'activiste Meizhu Lui démystifie les mythes et les concepts économiques -- tout en organisant l'action des femmes -- depuis plus de 30 ans. I.M.O.W. a rencontré Melle Lui peu après le sauvetage d'octobre pour discuter de la façon dont, au fil des années, les femmes ont influencé et agi pour contenir les crises continuelles créées dans les salles de marchés et les salles de conseils auxquelles elles ont rarement accès.
I.M.O.W.
Dirigeante de syndicat de longue date et défenseur de la justice économique, Meizhu Lui explique comment la crise de l'économie mondiale influence les femmes des Etats Unis-et ce que les femmes font à ce sujet.
Activiste de longue date, Meizhu Lui est l'ancienne directrice du mouvement United for a Fair Economy et dirige actuellement la Closing the Race Wealth Gap Initiative pour le Insight Center for Community Economic Development.
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AP Photos/Susan Walsh
(De gauche à droite) Depuis la colline du Capitole, Washington, Ben Bernanke, Président de la Réserve Fédérale, Christopher Cox, Président de la Securities and Exchange Commission (Commission des titres financiers et des bourses), Robert Steel, Sous-secrétaire au Trésor pour les Finances Nationales, et Timothy Geithner, Président de la Réserve Nationale de New York, assistent à la séance du Senate Banking Committee concernant le sauvetage de la banque Bear Stearns par le gouvernement, jeudi 3 avril 2008.
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Aujourd'hui, les syndicats comme UNITE HERE ! rassemble une variété de membres, composée largement d'immigrés, avec un large pourcentage d'Afro-américains, de Latinos et d'Américains d'origine asiatique. La plupart des membres de UNITE HERE sont des femmes.
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Fille d'immigrés chinois, Meizhu Lui a été élevée au cœur de l'Amérique. Elle a gagné une compréhension de première main de la façon dont l'économie croise la notion de race, de classe et de genre, quand elle est soudain devenue mère célibataire au milieu des années 70. Contrainte à trouver un emploi dans une période économique difficile, elle s'est retrouvée à vendre des beignets dans un grand magasin à cause des heures de travail flexibles.
Le sens d'injustice de Meizhu a été piqué au vif quand son directeur lui a dit, "Oh, vous les Chinois vous êtes de bons travailleurs, n'est ce pas?" Offensée par cette remarque, elle a gardé le silence parce que, "J'avais vraiment besoin d'un emploi. J'étais désespérée". Cependant, elle a rapidement appris que « seuls les hommes pouvaient préparer des beignets et que les femmes ne pouvaient que les servir », les reléguant ainsi à de bas salaires et à un moindre respect sur leur lieu de travail.
Un jour, comme le compte de la caisse n'était pas exact, son directeur l'a accusée sans preuve d'avoir volé de l'argent dans la caisse et a fait une retenue sur son salaire. Elle a découvert une loi du travail qui rendait illégal le fait de prélever de l'argent d'un salaire si le directeur avait également accès à la caisse.
Meizhu Lui est allée devant le conseil du travail, a porté plainte et a obtenu le remboursement de l'argent prélevé. Elle a perdu son emploi, mais s'est sentie bien d'avoir donné une leçon à son patron: "[Il pensait que] les femmes laisseraient tout passer, en particulier une asiatique. Il ne s'attendait pas à ce que je riposte".
Cette expérience a attisé son désir "de faire partie d'un mouvement au sein duquel les gens se réunissaient pour rendre la vie plus facile pour la prochaine génération de travailleurs, en particulier les femmes".
Meizhu Lui a fini par travailler dans les départements alimentaires de différents hôpitaux de Boston, se liant d'amitié avec ses collègues -- surtout avec des femmes de couleur de la classe ouvrière -- et finalement les organisant dans quelques uns des plus formidables syndicats de la ville.
Elle se souvient, "J'ai grandi en pensant que nous avions... le droit à la liberté d'expression, le droit de nous organiser, etc. Mais... ces droits s'arrêtent à la porte des entreprises. Nous n'avions pas le droit de parler du syndicat... j'étais surprise de la peur qui régnait [mais] j'avais un chouette emploi, parce que, en tant que caissière de la cafétéria, je pouvais distribuer de la documentation sur le syndicat!"
Pour Meizhu Lui, ses relations et la solidarité avec ses collègues étaient très importantes. Elle note que le leadership de syndicat a beaucoup changé au cours des 30 dernières années. A présent, les femmes de couleur, beaucoup d'entre elles immigrées, dirigent des syndicats dans des usines de vêtements, des fermes et des industries de service alimentaire. Les styles de leadership des femmes sont aussi différents, s'élevant avec les masses et non au-dessus d'elles.
Réfléchissant à la crise économique et au sauvetage financier de 2008, Meizhu Lui souligne que, "tout d'abord, cette crise dure depuis un bon moment. Elle n'avait pas été qualifiée de grosse crise jusqu'à ce qu'elle commence à frapper le portefeuille de riches investisseurs. Les gens perdent leur emploi depuis quelques années. Les revenus réels n'ont pas augmenté depuis longtemps, donc les gens vivent avec moins d'argent et empruntent plus... Les gens n'ont pas de garantie".
Meizhu Lui explique que les plus durement frappés sont les femmes, les communautés de la classe ouvrière, les minorités raciales et les immigrés - des groupes qui se recoupent souvent. Elle ajoute, "Le sale petit secret de notre économie est qu'elle a été bâtie sur la dette de gens ordinaires".
Aujourd'hui, Meizhu Lui utilise ses plus de 30 années d'expérience comme ouvrière, dirigeante de syndicat et plus récemment chercheuse, pour remettre en cause l'autorité de soi-disant experts et exprimer les inquiétudes de l'Américain moyen: "L'économie n'est pas cette sorte de machine géante. Il s'agit en fait de la vie quotidienne de gens ordinaires, et de ce à quoi ils sont confrontés quand ils essaient d'aller au supermarché, de trouver un emploi, d'obtenir un salaire et de prendre soin de leurs enfants".
Grâce à plusieurs décennies de politiques avec lesquelles l'argent des plus riches doit finir par profiter aux plus démunis, politiques dont on attend encore les résultats, ces défis sont plus grands que jamais, mais Meizhu Lui est l'une des nombreuses femmes qui essaient de faire une différence.