ELECTIONS

Coran et Leadership des Femmes

Voix de la Communauté: Anne Sofie Roald

Anne-Sofie Roald est professeur associé à l'Université de Malmö, Suède, directrice de programme au Chr. Michelsen Institute de Bergen, Norvège et auteur de l'ouvrage Women in Islam: The Western Experience. Historienne spécialisée en religion, convertie à l'Islam, elle se concentre sur des études sur l'Islamisme, le genre et la migration. Dans cette interview, elle parle du passé et du présent de la participation politique des femmes dans les pays musulmans. Elle explique que l'implication des femmes en politique est un résultat de la compréhension religieuse et culturelle islamique du rôle des genres.

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Coran nord africain du 11ème siècle exposé au British Museum, Londres, Angleterre. Agrandir >

Pourquoi avez-vous commencé à étudier l'Islam, le genre et la démocratie?

J'ai commencé à étudier les religions comparatives dans les années 70 parce que j'étais fascinée à la fois par les questions religieuses et les cultures étrangères. Je m'intéressais à la politique et comme l'Islam a la réputation d'être une « religion politique », j'ai choisi de me spécialiser dans l'Islam. Parce que je suis également une féministe et que j'étais active au sein du mouvement de libération de la femme en Norvège à l'époque, j'ai trouvé qu'il était très important d'étudier de façon critique les problèmes de genre au sein de l'Islam.

Qu'est ce qui vous a amenée à écrire Women in Islam?

Les études de genre au sein de l'Islam me fascinaient parce que j'ai appris que, parmi les Musulmans, il existe des opinions très différentes sur les questions de genre. J'ai décidé d'étudier les sources religieuses (le Coran, ainsi que les hadiths, dont on dit qu'ils sont les paroles du Prophète Mahomet) afin de découvrir exactement quelles opinions étaient basées sur des sources religieuses et lesquelles étaient basées sur des croyances culturelles.

J'étais également curieuse de voir si les expressions religieuses des Musulmans avaient changé quand elles sont passées d'un contexte culturel à un autre, je me suis donc concentrée sur des Musulmans parlant arabe et originaires de différentes affiliations, vivant en Europe.

Qu'avez-vous appris sur le genre et l'Islam?

Ma découverte principale fut que les érudits de différentes parties du monde ont compris les textes islamiques sur le genre différemment. Ces différences d'interprétation ont résulté des différences de cadres sociaux et culturels de ces érudits. Elles étaient également déterminées par l'époque à laquelle ces érudits vivaient.

J'ai découvert qu'il y avait une différence d'opinion entre les Musulmans parlant arabe et vivant au Moyen Orient et ceux vivant en Europe. L'opinion sur la circoncision féminine par exemple, diffère parmi les Musulmans vivant dans des zones où cette pratique est courante et les Musulmans qui, venant de ces mêmes régions, ont immigré en Europe. Ces derniers avaient tendance à être plus influencés par les droits de l'homme et le paradigme de l'égalité des opportunités.

Mon étude a discrédité la notion commune qui dit qu'il y a une différence entre "Islam" et "Culture Musulmane". J'ai découvert qu'il est quasiment impossible de faire la distinction entre les deux. Les textes sacrés sont nécessairement interprétés selon l'époque, l'endroit et la biographie de l'interprète (c'est-à-dire l'érudit islamique), les règles islamiques sont donc complètement et inévitablement liées aux expression culturelles.

Pouvez-vous nous donner des exemples historiques de femmes musulmanes leaders politiques?

L'histoire de l'Islamiste soudanaise, Souad al-Fatih, durant les années 60 vaut la peine d'être mentionnée. Elle était très active dans les protestations contre les gauchistes au Soudan : elle criait des slogans tandis que des manifestants masculins la soulevaient. Elle menait la procession et son apparence était majestueuse ; elle appelait le peuple à l'action, assise sur une chaise que des hommes soulevaient au-dessus de leur tête.

Un autre exemple important de la participation politique des femmes est Zaynab al-Ghazali. Elle est membre de la Egyptian Muslim Brotherhood. Il vaut la peine de noter que jusqu'en 1994 la Muslim Brotherhood n'a pas accepté de femmes à des positions de leadership. Cependant, Zaynab al-Ghazali écrit dans son autobiographie qu'elle a travaillé de façon très proche avec la direction de la Muslim Brotherhood et qu'elle a joué un rôle important dans le développement des idées et de la politique de l'organisation.

Pourquoi certains pays musulmans n'ont-ils que récemment étendu les droits politiques aux femmes ?

Il y a trois raisons à cela: l'économie-la plupart des pays à majorité musulmane sont des pays en voie de développement-la démocratisation tardive et les compréhensions religieuses. La démocratisation tardive a rendu l'acceptation des femmes au sein des bureaux politiques difficile, puisqu'il n'y avait pas de bureaux politiques à occuper, ni d'élections à tenir. Il en a résulté un manque dans la formation au leadership parmi les femmes de ces pays.

De plus, la compréhension spécifique de l'Islam dans cette partie du monde a rendu difficile la participation des femmes en politique. Cependant les opinions concernant la participation politique des femmes sont en train de changer.

Les Islamistes ont radicalement changé leur opinion sur le rôle des femmes dans la société musulmane. La directive de 1994 de la Muslim Brotherhood concernant la participation politique des femmes stipule qu'une femme peut être active dans toutes les activités et positions politiques à l'exception de la position de leader. Ce fut un incroyable pas en avant et cette directive a influencé la politique islamiste dans de nombreux autres pays musulmans.

Au Pakistan dans les années 60, la discussion théologique de Sayyid Abul A'la Mawdudi sur les textes sacrés concernant le leadership des femmes à l'époque où Fatima Jinnah s'est présentée aux élections présidentielles a posé les bases pour une acceptation ultérieure du leadership féminin dans les contextes islamiques.

Plus récemment, Fatima Mernissi et Muhammad al-Ghazali ont également utilisé les mêmes arguments basés sur des sources religieuses comme al-Mawdudi pour soutenir la place des femmes à la table de prise de décisions.

En Arabie Saoudite, les femmes ne peuvent toujours pas voter ni se présenter à une élection. Pourquoi ?

Accorder aux femmes le droit de vote n'est pas aussi problématique que de les laisser se présenter aux élections. Mais parce que le premier conduira indubitablement au second, certaines sociétés musulmanes ont refusé le droit de vote aux femmes.

En Arabie Saoudite, la compréhension Hanbal traditionnelle du rôle des genres a amené de nombreuses personnes, hommes et femmes, à avoir un avis négatif sur la participation politique des femmes. Une grande partie de la population a intériorisé ce modèle culturel particulier et cette compréhension particulière de l'Islam et sous-estiment la demande de droits politiques.

Pourquoi le fait que les femmes se présentent aux élections est-il tellement plus controversé que le fait qu'elles votent?

La raison est le hadith sur le leadership des femmes. Ce hadith dit: "Un peuple qui a une femme comme dirigeante ne sera jamais prospère".

Ce hadith est interprété de façons différentes. Les érudits les plus traditionnels et conservateurs disent que cela signifie que les femmes ne peuvent jamais être des leaders, tandis que les plus libéraux, qui interprètent ce hadith en fonction du contexte historique dans lequel il a été écrit, pensent qu'il signifie que c'est la meilleure personne qui doit être le leader, peu importe son genre.

Les libéraux considèrent que ce hadith a été mal compris et mal interprété. La sociologue marocaine, Fatima Mernissi, par exemple, se concentre sur la situation politique de l'époque à laquelle ce hadith a été raconté par son narrateur, Abu Bakra, afin d'interpréter sa signification. Selon elle, Abu Bakra a rapporté ce hadith parce qu'il était forcé de choisir une alliance entre le Calife Ali et Aïcha (l'épouse du Prophète) juste avant la Bataille du Chameau en 656, 24 ans après la mort du Prophète.

Il est important de noter qu'il est clair dans la biographie du Prophète que les femmes ont pris part à la négociation et à la discussion politique. Pour cette raison, le droit de vote n'est généralement pas considéré comme un problème dans les pays musulmans. On trouve un exemple de la présence des femmes dans la prise de décisions à l'époque du Prophète peut être trouvé dans une histoire à propos du second pacte d'al-Aqaba. Ici, tandis qu'il vivait à La Mecque, le Prophète est parti avec quelque soixante-dix hommes et deux femmes pour négocier avec le peuple de Médine. Ce fut une préparation à la future hijra de Médine.

Quel genre d'avenir voyez-vous pour les femmes politiques dans les pays musulmans?

Je pense qu'avec l'augmentation de la démocratisation du monde musulman, les femmes vont nécessairement obtenir plus d'influence dans la vraie vie politique. Hayat al-Masimi du Islamic Action Front en Jordanie, par exemple, a été membre du parlement jordanien pendant quelques années au début du vingt-et-unième siècle.

Hayat al-Masimi pense qu'une femme peut occuper tous les postes à l'exception de celui de calife, une position qui aujourd'hui n'est qu'hypothétique. Il est évident que son expérience en tant que femme politique importante lui a fait penser qu'il ne devrait y avoir aucune limite au leadership des femmes.

Au cours des dix, quinze dernières années, nous avons été témoins d'un développement rapide des idées sur les femmes et leurs rôles sociaux. Dans une grande mesure, cet état de fait est dû au nombre croissant de femmes ayant fait de hautes études et à l'influence du paradigme des droits de l'homme sur la pensée religieuse et culturelle dans le monde entier. Il est difficile de dire si plus de femmes musulmanes vont atteindre les positions les plus élevées dans leur pays, mais je suis certaine qu'il y aura une augmentation de la participation politique des femmes.





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