ORGANISATION

La CEDAW à San Francisco

Des Droits de l’Homme Internationaux aux Politiques Locales

La ville de San Francisco est connue pour rompre avec la tradition politique américaine. Quand il s'agit de l'organisation des femmes, la tendance n'est pas différente. En 1998, la ville de San Francisco est devenue la première municipalité à adopter la CEDAW : la Convention pour l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination A l'Egard des Femmes. Déclaration des Nations Unies sur les droits de l'homme, cette convention a été ratifiée par 185 pays dans le monde, mais pas par le gouvernement fédéral de San Francisco. Le International Museum of Women, qui est basé à San Francisco, examine la façon dont une ville peu orthodoxe attire l'attention du monde en transcendant ses propres frontières nationales et en traduisant cette convention en politiques qui améliorent la vie des femmes.
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Chronicle/ Michael Macor
Joanne Hayes-White, Chef des sapeurs pompiers de San Francisco, Monique Moyer, Directrice du port et Heather Fong, Chef de la police, gèrent les plus importants budgets de la ville, les postes d'urgence les plus sensibles.
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Peter Craig

Qu'est ce que la CEDAW?

La CEDAW est le plus éminent traité des Nations Unies qui aborde la discrimination basée sur le sexe. Il définit la discrimination comme suit :

"Toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine."

Rédigé par la Commission de la Condition de la Femme et adopté par l'Assemblée Générale des Nations Unies en 1979, cette déclaration est composée de 30 articles qui abordent tout, du droit de vote, à la propriété foncière, au partage de responsabilités dans l'éducation des enfants, en passant par l'accessibilité à l'éducation pour les jeunes filles et la santé maternelle.

Les Etats Unis, l'Iran, la Somalie et le Soudan comptent parmi les quelques rares pays qui doivent encore ratifier cette déclaration pour les femmes. Bien que le Président américain Jimmy Carter ait signé cette convention en 1980, en 2008, la ratification officielle du traité n'a pas encore été mise au vote au Sénat américain.

"Selon moi, aux Etats Unis, nous n'utilisons pas la CEDAW parce que nous croyons, à tort, que notre Constitution et les droits civils couvrent tous les problèmes. Mais les droits civils n'abordent pas les problèmes qui affectent les femmes comme les droits de l'homme le font", déclare Anu Menon, analyste politique au San Francisco Department on the Status of Women.

La CEDAW à San Francisco

Une coalition d'organisations de femmes, comprenant notamment WILD for Human Rights (Women's Institute for Leadership and Development) et Amnesty International, s'est réunie pour travailler avec les représentants officiels du gouvernement pour amener la CEDAW à San Francisco.

De 1998 à 2008, ces organisations ont lance une stratégie agressive d'analyse de genre - un système faisant le point sur l'impact des activités gouvernementales sur les personnes de tous les genres.

Quand il s'agit d'évaluer la discrimination, les données sont essentielles. La première chose dont San Francisco avait besoin était de collecter des informations sur la façon dont les femmes utilisaient les services de la ville ou étaient affectées par ceux-ci.

Les départements de la ville ont collecté des données sur le personnel, l'allocation des budgets et les services fournis. Non seulement ils ont cherché à connaître le nombre de femmes concernées, mais aussi leur race, leur statut d'immigration, leur statut parental, leur langue, leur orientation sexuelle, leur potentiel handicap et leur âge.

La formation a été l'étape suivante. Les employés du gouvernement ont été formés à évaluer les données collectées d'un point de vue du genre et des droits de l'homme. Ils ont découvert, par exemple, que les jeunes délinquantes constituaient la plus importante population en expansion dans les centres de détention. Beaucoup d'entre elles avaient besoin d'assistance socio-psychologique pour un passé d'abus sexuel, un service qui n'était pas offert dans un système mis en place pour les garçons.

"Le résultat est que la plupart des gens ne pensent pas tellement au genre. Passer en revue ces analyses nous permet d'amener une prise de conscience et une sensibilisation. Les gens se rendent compte que les femmes et les jeunes filles ont des besoins différents des hommes et des jeunes garçons", déclare Ann Lehman, analyste politique au San Francisco Department on the Status of Women.

Changer le Visage de la Politique de la Ville

Armés de données et conscients de la situation, les départements de la ville participant au projet ont modifié leurs services afin de mieux aborder les besoins des femmes et des jeunes filles. Souvent, leurs solutions ont eu également un effet bénéfique sur les hommes et les jeunes garçons. Par exemple:

  • Des horaires de travail flexibles ont été mis en place à l'échelle de la ville, ce qui a permis aux personnes avec des responsabilités familiales de travailler pour la ville.
  • Les processus de recrutement ont été améliorés afin d'engager un nombre plus égal de femmes, dans le Département de l'Environnement par exemple.
  • L'éclairage des rues a été amélioré dans les zones faiblement éclairées afin d'aider les femmes à se sentir en sécurité la nuit et de lutter contre la violence à l'égard des femmes dans les rues de la ville.
  • La Commission des Arts a apporté un changement tout simple dans les horaires de ses programmes, ce qui a permis à bien plus de femmes artistes de participer.

La CEDAW a changé l'atmosphère de la politique à San Francisco. Non seulement elle a amené la problématique du genre à l'avant-plan, mais elle a aidé à équilibrer le nombre d'hommes et de femmes aux positions de leadership - y compris dans certains des départements aux budgets les plus élevés de San Francisco.

"Lorsque nous avons adopté la CEDAW, il y avait un grand nombre de femmes siégeant au conseil de la ville. Aujourd'hui, des femmes sont à la tête de notre département des sapeurs pompiers, de notre département de la police et de l'autorité portuaire. La pression qu'a engendré le fait d'avoir adopté cette convention a fait entendre ces voix", déclare Ann Lehman.

Attirer l'Attention de Tout le Monde Sauf du Gouvernement Américain

Le modèle de San Francisco a suscité l'intérêt du monde entier. Tout le monde, des travailleurs du gouvernement suédois aux organisateurs indonésiens pour les droits de l'homme, appelle pour demander des conseils sur l'analyse de genre. Même le secteur privé en a pris bonne note. En 2008 à San Francisco, 15 sociétés ont signé pour inclure l'analyse de genre dans leurs pratiques commerciales.

Par contre, le gouvernement américain n'a montré que peu d'intérêt. Les appels de la ville de San Francisco pour faire adopter la CEDAW au niveau fédéral n'ont pas été entendus.

Critiques de la CEDAW

Des pays qui ont ratifié cette convention peuvent néanmoins préférer conserver un statu quo. Chaque pays est autorisé à émettre des réserves ou des conditions spéciales lorsqu'il adopte la convention, ce qui amène certaines personnes à mettre en question l'efficacité de ce traité à amener réellement un changement.

Par exemple, l'Algérie, qui a ratifié la convention en 1996, a émis des réserves afin de conserver intact le Code de la Famille Algérien, une loi qui, selon certaines activistes algériennes, est discriminatoire.

D'autres critiques disent que la convention est rédigée d'un point de vue occidental qui place les besoins des individus au-dessus des besoins de la communauté. Ce qui peut fonctionner à San Francisco, par exemple, pourrait ne pas être approprié à Khartoum.

Les critiques expliquent aussi que la définition de la discrimination faite dans le traité est trop étroite et ne représente pas toutes les discriminations auxquelles les femmes sont confrontées sur base de leur race, de leur orientation sexuelle, de leur classe, de leur capacité ou d'autres préjudices - un problème que San Francisco a tenté d'aborder dans sa propre application du traité.

Les Succès Mondiaux de la CEDAW

D'un autre côté, preuves des accomplissements du traité, ses partisans mettent en évidence les changements qui se sont produits dans le monde au cours des 25 premières années du traité. Par exemple:

  • La Sierra Leone a rendu obligatoire un quota de genre de 50 pourcents au sein des municipalités
  • Le Vietnam a accordé aux femmes des droits égaux pour l'utilisation des terres
  • Le Kenya a abordé le problème du harcèlement sexuel sur le lieu de travail
  • Le Honduras a appuyé des politiques pour que la formation et les prêts agricoles soient accessibles aux fermières
  • L'Autriche a amendé des lois pour la protection du congé de maternité et de paternité

 

  • Le Cambodge a créé un ministère des femmes

 

  • L'Estonie a pris des mesures pour mettre un terme à la traite des femmes et des jeunes filles

 

  • Le Canada a créé un institut pour aborder les disparités de santé à travers les genres

Au sein d'un Mouvement Mondial

Pour les femmes, mettre la CEDAW en application à San Francisco, faire partie d'un mouvement mondial pour les droits de l'homme a été une source d'inspiration - même s'il leur a fallu pour cela contourner leur propre gouvernement fédéral pour le faire. Elles ont été invitées à des conférences des Nations Unies et à des formations et ont rencontré des femmes à travers les Amériques, qui participent à la même lutte pour l'équité de genre.

« C'est toujours tellement motivant de rencontrer avec des gens d'autres pays et de voir ce que les autres font au concret. Cela nous aide à nous pousser mutuellement vers l'avant », déclare Ann Lehman, « parce que c'est une lutte difficile ».





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Qu’est ce que CEDAW?

Qu’est ce que CEDAW?

Réponse rapide: La Convention pour l'Elimination de Toutes Formes de Discrimination à l'Egard des Femmes. Pour une explication plus complète de ce traité crucial pour les droits des femmes et des conseils sur la façon de l'appliquer pour les femmes du monde entier, téléchargez le document Made Easy de CEDAW dans la bibliothèque I Know Politics.