ELECTIONS

Kidnapper une Candidate

Six Ans de Supplice d’Ingrid Betancourt

Les femmes qui font campagne sont souvent confrontées à des défis et à des menaces ouvertes pour leur sécurité. L'un des exemples les plus extrêmes est celui de la candidate à l'élection présidentielle colombienne, Ingrid Betancourt, kidnappée par les forces de guérilla en 2002 pendant sa campagne. Après six longues années de captivité, sa libération semblait sans espoir. Le 2 juillet 2008, la nouvelle tombait, elle et 14 autres otages avaient été libérés au cours d'un raid audacieux des commandos colombiens. I.M.O.W. revient sur la saga de cette femme et politicienne remarquable.
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Ingrid Betancourt utilise des supports inhabituels dans sa campagne politique.
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Après le kidnapping d'Ingrid Betancourt en 2002, son mari et sa mère ont poursuivi sa campagne pour la présidence, utilisant des effigies de carton grandeur nature de la candidate. Agrandir >
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Rebecca Harms
Le Parti Vert du Parlement Européen fait une déclaration collective en faveur de la libération d'Ingrid Betancourt. Agrandir >
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Hugo de C
Après six années de captivité, Ingrid Betancourt est apparue mince et sans vie. Agrandir >
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Ernest Morales
Le 19 avril 2008, une Marche Blanche fut organisée dans la cour de l'Hôtel de Ville à Paris en soutien à Ingrid Betancourt et aux otages en Colombie. Agrandir >
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Kiki
Une Ingrid Betancourt libérée s'adresse à ses sympathisants le 4 juillet 2008. Agrandir >

"Plus de kidnappings", tels étaient les mots provocants utilisés par la candidate Ingrid Betancourt au cours de sa campagne pour l'élection présidentielle colombienne de 2002. Elle rencontrait des membres des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), un groupe de guérilla dans la jungle colombienne. A peine quelques jours plus tard, Ingrid Betancourt est devenue la victime de kidnapping des FARC la plus éminente, rejoignant les milliers de Colombiens kidnappés au cours des dizaines d'années de la guerre civile sanglante du pays.

La Colombie évoque des images de drogue, de corruption et de violence. C'est dans ce contexte qu'Ingrid Betancourt a passé les douze dernières années de sa vie à se battre : Se battre pour être entendue dans le monde de la politique colombienne, se battre pour lutter contre la corruption, se battre pour protéger ses enfants, se battre pour changer la pauvre réalité quotidienne des 46 millions d'habitants du pays.

Un Retour aux Sources

Née dans une famille colombienne privilégiée, Ingrid Betancourt, fille de diplomate, a grandi en grande partie à l'étranger, en France. C'est l'assassinat en 1989 d'un autre candidat à l'élection présidentielle colombienne, Luis Carolo Gallan, qui l'a incitée à abandonner sa vie confortable et à retourner dans son pays natal. Ingrid Betancourt s'est présentée aux élections législatives comme candidate libérale anti-corruption. La politique et la propagande électorale en Colombie ne sont pas simples, en particulier si vous êtes une femme inconnue avec des fonds limités et que vous ne voulez pas participer à la pratique omniprésente qui consiste à acheter des votes.

Des Méthodes Non Orthodoxes

Sa seule option était d'avoir un impact inoubliable, ce qu'elle a obtenu grâce à des préservatifs. Dans les rues, elle distribuait des préservatifs aux Colombies comme protection symbolique contre la corruption du gouvernement ainsi que contre la maladie. A une époque où le SIDA occupait une place importante dans l'agenda mondial, cette stratégie a obtenu l'impact dont elle avait besoin et elle a réussi à être élue à la Chambre des Représentants.

Ses tentatives pour amener un changement en Colombie ont été continuellement contrecarrées. Les tentacules de la corruption et l'influence des cartels de la drogue servaient leurs propres intérêts. Plus d'une fois, des menaces ont été proférées à l'encontre de ses enfants, ce qui l'a amenée à les envoyer vivre en Nouvelle Zélande avec leur père, son ex-mari.

Oxygen et la Course pour le Sénat

Ne souhaitant plus être associée avec le Parti Libéral, Ingrid Betancourt a fondé son propre parti, Oxygen. En 1998, elle s'est présentée à l'élection sénatoriale colombienne, distribuant cette fois des masques de protection, espérant ainsi assimiler la corruption avec la pollution de l'environnement. Elle a obtenu son siège avec le plus grande nombre de voix jamais obtenu par un sénateur colombien. Le but ultime d'Ingrid Betancourt était de supprimer le Congrès et de créer un nouvel organe législatif. C'est le jour où ce projet de loi a été repoussé qu'elle a décidé de se présenter aux élections présidentielles de mai 2002.

Course pour la Présidence

Avec sa ferveur habituelle, Ingrid Betancourt s'est lancée dans sa campagne présidentielle. Elle a parcouru la Colombie, visitant des zones retirées où les gens n'avaient pas l'habitude de voir débarquer les candidats aux élections présidentielles ni de les voir écouter leurs points de vue. Elle voyageait dans un vieux minibus Dodge, ou "chiva," - le transport collectif traditionnel utilisé par les gens qui voyagent entre leur ferme et la ville. Et bien sûr, aucune campagne d'Ingrid Betancourt ne pouvait être complète sans un outil publicitaire efficace. Cette fois, ce fut le Viagra. La candidate est à nouveau retournée dans les rues, distribuant des boîtes de pilules afin d'essayer de convaincre les électeurs que la Colombie avait aussi besoin d'un coup de fouet.

En raison de l'influence constante des intérêts particuliers, on estimait qu'elle n'avait aucune chance dans la course à la présidence, mais elle a poursuivi sa campagne. Le Président Patrana avait ouvert des pourparlers avec les FARC et une zone démilitarisée avait été créée dans laquelle les hommes politiques et les rebelles pouvaient se rencontrer en toute sécurité. Quand les pourparlers de paix ont échoué, Ingrid Betancourt a ignoré le conseil de ne pas voyager dans cette zone. Le 23 février 2002, elle et sa directrice de campagne, Clara Rojas, ont été kidnappées à un barrage routier de la guérilla.

Une Campagne sans Candidate

Au cours des premiers mois après sa capture, un enregistrement prouvant qu'elle était en vie fut diffusé, montrant Ingrid Betancourt de relativement bonne humeur compte tenu de sa situation critique. Sa famille et son parti ont continué sa campagne sans elle, portant des effigies grandeurs nature en carton de la candidate portée disparue. Le jour de l'élection, Ingrid Betancourt est arrivée cinquième sur les 11 prétendants à la présidence, obtenant un peu plus de 50 000 voix. Tandis que les mois atroces se transformaient en années, les supplications passionnées de sa famille et de ses sympathisants du monde entier n'ont pas réussi à obtenir sa libération.

L'espoir pour la survie d'Ingrid Betancourt a blêmi quand une cassette vidéo a fait surface, apparemment enregistrée en octobre 2007. Dans cet enregistrement, elle apparaissait terriblement mince et sans vie, sans aucun signe de la femme politique charismatique et rebelle. Des rumeurs ont circulé, selon lesquelles elle aurait été proche de la mort.

Liberté

Au cours des deux premiers mois de 2008, les FARC ont relâché la conseillère d'Ingrid Betancourt, Clara Rojas, ainsi qu'une poignée d'autres otages. Le 2 juillet, des soldats colombiens se faisant passer pour des rebelles ont amené les FARC à leur confier Ingrid Betancourt et 14 autres otages, ils ont alors embarqué le groupe menotté à bord d'un hélicoptère. Une fois dans les airs, les otages étonnés ont été informés qu'ils étaient enfin libres.

Ingrid Betancourt est sortie de la jungle colombienne pâle et souriante. Elle a fait allusion aux "tortures et humiliations" qu'elle avait subies sans fournir de détails, déclarant : 'La seule chose que j'ai fixé dans mon esprit est que je veux pardonner et le pardon vient avec l'oubli."

Aspirations

Depuis sa libération, Ingrid Betancourt a retrouvé ses enfants et sa famille en France. Elle est allée aux Etats-Unis en septembre pour intervenir lors d'une conférence des Nations Unies sur la situation critique des victimes du terrorisme, appelant à la création d'une base de données centralisée pour cataloguer et rendre public les besoins des victimes.

Lorsqu'elle fut interrogée sur ses projets pour l'avenir, ses six années de supplice n'ont pas affaibli sa résolution de servir son peuple: "Je continue de vouloir servir la Colombie comme présidente."


Maureen Macleod a contribué à ce reportage.

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